She said YES !
Par Misty Bernall, Madeleine L'Engle
1er chapitre
(version française)

Cassie
René Bernall
6 novembre, 1981- 20 avril, 1999
La musique midi de fond de ce témoingnage est de Greg Jones, (auteur compositeur interprète chrétien)
Le titre : « The roses in the rain »
Cette
journée scolaire du 20 avril 1999, s'annonçait, somme toute, semblable aux
autres. À 5h45, Brad, mon mari, se lève et se préparer pour se rendre au
travail. Plus tard, je fais de même, mais pour réveiller les enfants. Faire
sortir des adolescents du lit, c'est toujours une petite bataille, et, en ce
mardi, l'opération s'avérait particulièrement ardue.
Cassie
s'est couché tard la veille pour s'avancer dans ses travaux scolaires. Ses
livres étaient étendus à la grandeur de la table de cuisine. La litière de
son chat avait besoin d'être changée, nous étions en retard, et nous devions
déjeuner en vitesse. Je me rappelle avoir évité soigneusement de lui rappeler
toutes les choses qu'elle avait à faire avant de partir pour l'école.
Vers
7h20, Chris(mon fils de 15 ans) m'embrasse, et me dit au revoir. En moins de
deux, il se retrouve hors de la maison. Cassie
s'arrête à la porte pour mettre ses chaussures préférées, des Doc Martens,
en velours noir qu'elle porte, beau temps mauvais temps. Elle prend son
baluchon, et court rejoindre son frère.
Pendant
qu'elle sortait, je me suis penché au-dessus de la rampe pour lui dire au
revoir, comme d'habitude: " Bye! Cass. Je t'aime! … "
" Moi aussi Mom ! … " Me
répond-t-elle.
Passant
par la cour arrière, elle saute par-dessus la clôture et
traverse le terrain de soccer du collège, qui, lui, se trouve à environ
cent mètres plus loin. Je m'habille, après une bonne tasse de café je quitte
la maison en prenant soin de verrouiller la porte, et je me rends à mon
travail.
Vers
l'heure du dîner, je reçois un appel de Charlie, un ami à moi, me demandant
si j'avais entendu parler de coups de feu au collège. Je lui réponds dans la négative.
Je ne panique pas: me disant qu'il était peu probable que Cassie et Chris
soient impliqués dans ça. Sur le coup , je songeais à une mauvaise blague
d’étudiants sur le stationnement de l'école. Mon compagnon de travail, Val,
et moi, nous apprêtions à prendre le repas léger que nous nous étions procuré
au marché local… me répétant intérieurement que Colombine est une école sûre
et sécuritaire… mais était-ce le cas ? … Je décide donc d'appeler Brad,
juste au cas où il aurait entendu parler de quelque chose.
Brad
était à la maison quand j'ai appelé; il avait quitté le travail plus tôt.
Quand il a décroché le téléphone, je lui ai raconté ce que Charlie m'avait
dit précédemment. Il m'a répondu qu'il venait d'apprendre la même chose de
Kathy, une compagne de travail. Brad avait également entendu plusieurs
" pan ! " à l'extérieur de la maison et un ou deux boums plus forts,
mais sans trop y porter attention. Comme c'était l'heure du dîner, il y avait
toujours des enfants qui couraient aux alentours. Probablement que certains
petits farceurs d'entre eux avaient décidé de faire exploser des pétards.
Après
mon coup de fil, Brad enfile ses chaussures, il sort dans la cour arrière, et
regarde au-dessus de la clôture. Il y avait des policiers partout. Il
retourne à la maison et ouvre le téléviseur pour
regarder les premiers bulletins d'informations, histoire d’en apprendre un peu
plus. Immédiatement après le premier reportage en direct, les questions ont
commencé à trouver leur réponse. Brad constate bien vite que ce n'est pas de
la rigolade.
(
BRAD :)
"
Même si mes yeux restaient rivés au petit écran, je me suis agenouillé
au coin du divan et j'ai demandé à Dieu de prendre soin de tous les enfants.
Naturellement, mes pensées se concentraient tout spécialement sur les nôtres…
sur Cassie et Chris, mais dans mon esprit, j'étais sûr que tout allait bien
pour eux. Il m'a toujours semblé que si quelque chose arrive à un proche, tu
dois ressentir quelque chose, une sorte de pressentiment, je n'sais quoi ! ...
"
Les
trente-six prochaines heures ont été pour nous, infernales. Je me rends aussitôt
à Colombine. Sur place, j'aperçois des
centaines de parents et leurs proches, désespérés, des officiers de police,
l'escouade spéciale d’intervention(S.W.A.T), des journalistes, des curieux,
tous déjà sur place autour de l'école. Il y régnait
la confusion la plus totale.
On
en savait juste assez pour comprendre la gravité de la situation. Bien que
certains détails étaient contradictoires et imprégnés de confusion, tout ce
que nous savions pour le moment se résumait à ceci : Deux individus armés non
identifiés avaient fait du saccage dans le collège, fauchant au passage des étudiants,
se félicitant, partout où ils passaient. Tous cherchaient quelqu'un; des gens
pleuraient, d'autres priaient, d'autres s'étreignaient, enfin d'autres se
tenaient là, stupidement, observant de manière impassible et nonchalante le
chaos total qui régnait autour d'eux.
Plusieurs
des familles ayant des enfants à Colombine étaient rassemblées à Leawood,
une école primaire voisine, pour attendre des nouvelles de la police au sujet
de leurs enfants; d'autres parents étaient rassemblés dans une bibliothèque
publique, parce que Leawood était remplie à pleine capacité.
Le
secteur ressemblait à un champ de bataille. Peu après, on distribue des listes
où étaient inscrits les noms de ceux qui s'en étaient sortis indemnes ou
blessés. Je scrutais méticuleusement
les mises à jour de la liste tout en interrogeant, à en perdre le souffle, les
différents groupes d'étudiants présents, leur demandant si quelqu'un avait vu
Cassie et Chris. Faire des recherches sur la cour du collège, était hors de
question, naturellement. Tout le campus était bouclé, entouré par les équipes
du SWAT.
Chris
a finalement rejoint son père tôt dans l'après-midi. Au début des hostilités,
il avait réussi à se sauver vers une maison voisine du collège. Brad, de son
côté était sur le téléphone, cherchant à me contacter. Il m'a rejoint sur
mon cellulaire me confirmant que Chris était avec lui. Je respirais mieux:
" Merci mon Dieu ! … " Il
nous restait qu'un enfant à trouver. Le soulagement n'a été que de courte durée.
Mes pensées mon inquiétude étaient centrées sur Cassie. Mais où était ma
fille? …
Bien
que des centaines d'étudiants en fuite aient été placées dans des autobus et
menés en lieu sûr après la fusillade, d'autres, comme Chris, avaient échappé
au carnage en se sauvant à pied, et dans certains cas il a fallu
des heures avant que l'on puisse retracer les endroits où ils s'étaient
réfugiés. Un bon nombre de blessés, dont plusieurs non identifiés, avait été
placé en vitesse dans les ambulances. Des douzaines
d'autres sont restées cachées pendant des heures dans les toilettes et
les salles de classe partout dans le collège. Certains, nous l'avons su plus
tard, saignaient abondamment.
Vers
17h00, ceux d'entre nous qui étions toujours sans nouvelle de leurs enfants, à
la bibliothèque, sont invités à se rendre à Leawood. Le dernier autobus,
transportant des enfants du collège, était sur le point d'arriver. Brad et
Chris m'avaient rejoint plus tôt durant l'après-midi, et immédiatement nous
sautons dans la voiture pour nous rendre le plus rapidement possible à Leawood.
Bien
que l'école primaire se trouve à
quelques rues plus loin, il était difficile de se frayer un chemin. La majorité
des rues près du collège était fermée à toute circulation, et le peu
d'entre elles, encore ouvert, était obstrué par des camions et des fourgons
des chaînes de télévision de Denver. Au-dessus de nos têtes, les hélicoptères
de la télévision, devant et derrière
nous, on entendait le son des sirènes.
Mon coeur était " martelé "
par les travaux forcés que lui imposait l'insoutenable inquiétude qui
m'habitait.
Nous
arrivons finalement à Leawood. Sorti en trombe de la voiture, je m'étire le
cou pour regarder d'un côté de la rue puis de l'autre.
Aucun autobus. Nous attendons. Les minutes passent, et nous continuons à
surveiller la rue. Toujours rien, aucun autobus en vue. Finalement, il a fallu
se rendre à l'évidence, il n'y avait
aucun " dernier voyage d'autobus.
" Aucun mot ne pouvait décrire mon état de désillusion. Jusqu'à ce
moment, il subsistait toujours un espoir en moi, mais dès lors, je me suis
senti trompé. Ce n'était peut-être pas intentionnel mais, néanmoins, c'était
le sentiment que j'éprouvais, je me sentais étouffé par l'amertume.
Quelques
semaines plus tard, nous avons appris que, dès 20h00, les policiers étaient
certains que ceux qui manquaient à l'appel étaient décédés ; ils n'en
disaient rien à personne, n'ayant aucune confirmation officielle. Pendant ce
temps je continuais à espérer. Peut-être était-elle cachée quelque part !
Essayai-je de me convaincre. Sachant que Cassie est très débrouillarde,
je gardais espoir qu'elle ait trouvé un bon endroit pour se cacher. J'espérais
seulement qu'elle n'était pas blessée, bien que dans cette situation, je préfère
la savoir blessée plutôt que morte. Si elle était blessée, elle pourrait être
secourue. Je la connais, elle peut tenir toute la nuit s'il le faut, jusqu'à ce
que quelqu'un la retrouve. L'espoir est
vraiment la seule chose qui vous tient debout durant une telle crise, aussi
mince soit-il.
Vers
21h00 je n'en pouvais plus d'attendre, et puisque la police ne nous avait donné
aucune nouvelle information, Brad et moi décidons de retourner à la maison.
Nous n'avions nullement perdu espoir, au contraire. Mais il était inutile
d'attendre à Leawood le reste de la soirée. Arrivé à la maison, Brad est
monté sur le toit du cabanon dans la cour arrière, histoire de surveiller ce
qui se passait au collège.
(BRAD)
"
Sur le toit du cabanon, je pouvais voir toute l'école. En utilisant mes
jumelles j'apercevais très bien au travers les fenêtres de la bibliothèque,
les lettres jaunes sur les manteaux bleus des hommes du ATF; ils marchaient
partout, à l'intérieur, leurs têtes dirigées vers le plancher, comme s'ils
cherchaient quelque chose. À les voir aller, on aurait dit qu'ils enjambaient
des corps, qu'ils cherchaient des explosifs. Plus tard nous avons appris qu'ils
ont trouvé des douzaines d'engins explosifs ! ... "
Autour
de 22h30 ou 23h00, nous entendons un
bruit d'explosion provenant du collège. Nous nous sommes précipités vers
l'escalier jusqu'à la chambre de Cassie pour voir si nous pouvions voir des
flammes ou de la fumée ou toute autre chose par la fenêtre. Nous n'avons
malheureusement rien vu si ce n'est la noirceur, les
gyrophares rouges et bleus des voitures de police et des camions
d'incendie sur Pierce Street. C'était probablement une bombe qui venait de
sauter. Je nageais dans la crainte et l'inquiétude. Cassie était-elle encore
vivante ? …
La
fatigue me gagnait graduellement. J'ai donc essayé d'aller dormir, mais c'était
impossible. Chaque fois que je fermais les yeux, un nouveau cauchemar me faisait
sursauter. Je voyais et revoyais Cassie. Je la voyais, blottie dans une sombre
salle de toilette, se demandant si elle pouvait sortir en toute sécurité; étendue
sur le plancher du vestiaire, saignant à
mort; criant à l'aide, et personne pour la réconforter. Comme j'aurais
voulu la prendre dans mes bras, lui caresser la figure, me blottir contre elle,
pleurer et rire avec elle en la serrant très fort! L'agonie de son absence, sa
chambre vide, c'était plus que je ne pouvais en supporter. En pleure, j'ai pris
son oreiller, j'y ai enfoncé mon visage en respirant
son parfum, le parfum de Cassie, le parfum de mon bébé !
Je n'avais jamais autant pleuré.
Vers
3h00 du matin je me suis finalement levé, je me suis habillé. Brad et moi décidons
d'aller marcher sur la rue Polk. Au bas
de la rue, au coin, il y avait une voiture de police arrêtée. Nous décidons
de nous adresser au policier pensant qu'il pourrait nous apprendre des faits
nouveaux, nous lui avons posé plusieurs
questions précises et pointues, mais il ne voulait visiblement rien nous dire.
Brad se fait insistant : "
regardez-nous ! Et dites-nous la vérité
! Nous avons des raisons de croire que notre fille est toujours dans l'école.
Est-ce qu'il y a des survivants? "
Le policier répond, " Ok je vais être
franc avec vous... il n'y a aucun
survivant ! "
Complètement atterré, je ne perdais pas espoir pour autant, malgré
cette sinistre information. Il y a toujours une chance qu'elle se cache dans une
salle de toilette quelque part, ai-je répondu à Brad. Elle est peut-être à
l'hôpital parmi les blessés non identifiés, on ne sait jamais. Ce policier
pense avoir les bonnes informations et peut-être que la réalité est tout
autre.
Vingt-deux
heures plus tard, le jeudi, vers 2H00 du matin, mes espoirs se sont effondrés.
Le téléphone a sonné, et une femme du bureau de coroner nous annonce ce que
nous redoutions le plus. Ils ont
le corps de Cassie. Maintenant il n'y avait rien de plus à faire que
d'admettre que notre fille était vraiment partie pour toujours. Elle ne
reviendrait plus jamais à la maison. Dites-moi ! ... comment une mère
peut-elle prendre ça?… J'ai pleuré, pleuré, pleuré comme c'est impossible
à décrire.
Voici
ce qu'on m'a raconté de cette horrible histoire. Aux environs de 11H15, le
matin du drame, Cassie se rend à la bibliothèque du collège, baluchon sur son
épaule, pour terminer un travail pour le cours d'anglais. Crystal, une amie
proche, était dans la bibliothèque elle aussi:
(CRYSTAL)
"
Sara, Seth, et moi, étions à la bibliothèque pour étudier, comme nous avions
l'habitude de le faire. Nous étions là depuis 5 minutes, quand un professeur
est entré en panique dans la salle, hurlant qu'il y avait des jeunes avec des
armes à feux dans le hall. Sur le coup, j'ai pensé en moi-même,
" C'est une plaisanterie, une grosse farce. " Seth nous demande
de rester calmes, elle pensait que c'était des " paint balls ". Alors
nous avons entendu des coups de feu en provenance du hall.
Le bruit des détonations semblait se rapprocher de plus en plus de nous.
Mlle Nielsen nous crie de nous cacher sous les tables, mais personne ne l'a écouté.
Alors un jeune est entré dans la bibliothèque. Il avait du sang sur une épaule.
Nous nous sommes couchés rapidement sous la table près de nous. Mlle Nielsen
s'empare du téléphone et appelle le 911. Seth me tenait dans ses bras, sa main
sur ma tête, parce que je tremblais terriblement. Sara s'est blottie sous la
table avec nous, en me tenant les jambes. Puis Eric et Dylan (les tueurs) ont
investi la bibliothèque, tirant partout et criant quelque chose comme : "
Nous avons attendu toute notre vie pour faire ça! … " Se réjouissant
après chacun des coups de feu.
Je
ne savais aucunement qui ils étaient - je l'ai su seulement par après -- mais
leurs voix étaient effrayantes, maléfiques.
En même temps, ils semblaient heureux, comme s'ils jouaient un jeu qui les
stimulait. Ils se dirigent ensuite vers notre table et renversent une chaise qui
heurte au passage mon bras et la tête de
Sara. Ils étaient justes à côté de nous. Je pouvais à peine respirer, j'étais
terrorisé. Puis, soudainement, ils quittent la salle. Je présume que c'est
pour recharger leurs armes. Ils m'ont semblé manquer de munitions. C'est à ce
moment précis que nous nous sommes précipités vers une sortie de secours de
la bibliothèque avant qu'ils reviennent. "
Au
moment où les tueurs sont entrés dans la bibliothèque,
Crystal ne voyait plus Cassie. Il y a des versions contradictoires
concernant ce qu'elle faisait. Un étudiant se rappelle l'avoir aperçu sous une
table, les mains jointes et priant; un autre affirme qu'elle est restée assise.
Josh, un étudiant de deuxième année avec qui je me suis entretenu quelques
semaines après la tragédie, ne l'a pas vue, mais affirme qu'il n'oubliera
jamais ce qu'il a entendu pendant qu'il se tapissait sous un bureau à quelques
mètres de Cassie:
(JOSH)
"
Je ne voyais rien quand les tueurs se sont approchés de Cassie, mais j'ai pu
identifier sa voix. J'entendais tout, comme si ça se déroulait à côté de
moi. L'un d'eux lui a demandé si elle croyait en Dieu. Elle n'a pas répondu
tout de suite, comme si elle ne savait pas ce qu'elle allait répondre, puis
elle a répondu : " oui ! …" .
Elle
devait sûrement être effrayée, mais le ton de sa voix ne m'a pas semblé
chancelant, hésitant. Au contraire il était énergique.
Alors il lui a demandé pourquoi, mais ne lui a pas laissé la chance de
répondre. Il l'a abattu froidement. "
Josh
affirme que, si les tueurs lui ont posé une telle question, c'est qu'elle
devait sûrement prier.
"
Je ne vois pas pourquoi ils lui auraient posé ce genre de question si ce n'était
pas le cas. Elle n'a jamais pu leur parler. Eux par contre, ne cessaient de
parler. Ils se sont ensuite dirigés vers Isaiah. Ils se sont moqués de lui,
ils l'ont traité de "nigger" avant de l'abattre. Ils ont par la suite
commencé à rire et à se féliciter mutuellement. Pour eux ce n'était qu'un
grand jeu. Après qu'ils eurent quitté la bibliothèque, je me suis levé, j'ai
saisi mon amie Brittany par la main et nous nous sommes dirigés vivement vers
la porte. Dehors je courrais à toute vitesse derrière elle. C'est la dernière
chose dont je me souvienne. "
Le
jour suivant la tuerie, un des premiers enquêteurs sur la scène du crime était
Gary, un membre de notre église travaillant pour le service des enquêtes du
Jefferson County sheriff's department:
(Gary)
"
Quand nous sommes arrivés à l'école ils ont partagé les effectifs en sept équipes
d'enquêteurs. Toutes les victimes mortes avaient été laissées en place
durant la nuit, parce que nous voulions nous assurer d'avoir tous les éléments
pour la reconstitution du crime. Dès que je suis entré dans la bibliothèque
j'ai aperçu Cassie. Je l'ai reconnu immédiatement. Elle se trouvait sous une
table près d'une autre fille. Cassie avait été atteinte à la tête à bout
portant. En fait, l'entrée du projectile indiquait que le canon touchait sa
peau. Elle a pu vouloir se protéger avec une main si l'on se fie à un bout de
doigt manquant, elle n'a sûrement pas eut le temps de faire autre chose. La
balle l'a tué sur le coup ! ... "
Depuis
ce 20 avril, le temps nous éloigne un
peu plus à chaque jour de la tragédie, mais les détails demeurent omniprésents
comme s'ils refusaient de disparaître de mon esprit. Parfois les images me
reviennent si clairement que j'ai l'impression que les événements sont
survenus hier. Les médecins affirment que le cerveau oublie la douleur, c'est
possible mais je ne suis par certaine qu'il en est ainsi pour le coeur.
S'il
y a une quelconque forme de réconfort, caché au plus profond de mon esprit,
c'est probablement les choses heureuses et simples qui nous ont tenus ensemble
en tant que famille pendant la dernière semaine de la vie de Cassie. Des choses
anodines en elle-même, mais, étrangement, auxquels on s'accroche avec une
certaine satisfaction, des choses réconfortantes à se remémorer.
Quelques
semaines plus tôt, Brad et moi avons mené les enfants à Breckenridge, un
centre de ski près de chez nous. Comme il nous restait des billets inutilisés,
nous avions décidé de permettre à Cassie et Chris de
manquer une journée d'école (quelque chose qu'on ne fait jamais) pour
utiliser ces billets de ski.
Donc
ce jeudi, ils étaient à Breck. Pendant
que je les observais quittant la maison avec leurs planches à neige, je me suis
mis à penser que mes frères et moi n'avions jamais fait quelque chose de
semblable. Comme c'était spécial de voir que mes enfants étaient assez
proches non seulement pour être ensemble, mais pour apprécier mutuellement la
présence de l'autre dans la pratique d'une activité qu'ils aiment tous les
deux.
Le
vendredi, ils étaient tous les deux de retour à l'école, et le samedi c'était
la soirée de fin d'année. Cassie et Amanda, sa meilleure amie, n'étaient pas
accompagnée mais les deux filles étaient bien déterminées à
s'amuser de toute façon:
(AMANDA)
"
Nous ne voulions pas aller à la soirée parce que nous n'étions pas accompagnées,
ça ne marchait jamais pour nous ces histoires-là. Au lieu du bal de l'école,
nous avons décidé d'aller au Marriot, l'endroit où ma mère travail. Il y
avait là un grand banquet. Nous nous sommes habillés très chics, nous nous
sommes coiffés, nous étions très belles pour cette soirée mémorable. Ce fut
d'ailleurs un des plus beaux moments que nous ayons passé ensemble !
"
Le
souvenir le plus cruel dans la perte de Cassie, est que Colombine, s'avérait
notre choix et non le sien. Nous pensions l'avoir sauvé en la sortant du collège
ou elle avait commencé sa neuvième année, deux ans et demi plus tôt.
Naturellement,
à cette époque, notre relation était très tendue, presque au stade de
non-retour. C'était presque un miracle lorsque que nous la ramenions à la
maison en un seul morceau. J'en parle en détail dans un autre chapitre.
Voici
le poëme que Cassie avait écrit peu de
temps avant la tragédie :
En
renonçant à tout ce que j'appelle mien,
J'ai
découvert que c'est le seul moyen
De
vraiment connaître Christ et la puissance infinie
Qui
l'a ramené de la mort à la vie.
Ce
que signifie, avec lui, souffrir et mourir.
Et,
quoi qu'il puisse m'en coûter,
Je
veux vivre la vie renouvelée
De
ceux qui, d'entre les morts, sont ressuscités.
Cassie